C'était l'homme à la veste en cuir, aux lunettes de soleil et à la grande gueule : Tomonobu Itagaki. Il a été le créateur de Dead or Alive et du reboot de Ninja Gaiden et il a créé des jeux avec autant de bravade que d'attitude. Malheureusement, Itagaki est décédé récemment. Retour sur le maître flamboyant qui a élevé l'action, le style et le défi au rang d'art.

L'avènement d'une légende : mort ou vif

Au début des années 1990, Tomonobu Itagakii débute sa carrière chez Tecmo, aujourd'hui Koei Tecmo, où il s'impose rapidement. Sa première réalisation ? Mort ou vivant (1996). Un jeu de combat qui a osé faire les choses différemment de l'ordre établi. Là où Tekken et Virtua Fighter recherchaient l'équilibre et le réalisme, Tomonobu Itagaki a adopté une approche complètement différente : une action rapide, des animations fluides et une bonne dose de flair. Dead or Alive n'était pas seulement tristement célèbre pour sa physique de tremblement, mais il était également apprécié pour sa finesse technique qui le rendait facile à démarrer, avec suffisamment de profondeur pour vous rendre les choses difficiles. Le jeu était fluide, stimulant et vivant, tout comme son créateur. Pour les fans des personnages féminins, il y avait aussi Dead or Alive Extreme Beach Volleyball où vous pouviez passer plus de temps avec elles.

Dead or Alive Xtreme Volleyball de plage 3

Ninja Gaiden : sueur, sang et satisfaction

Avec le reboot de Ninja Gaiden (Xbox, 2004), Tomonobu Itagaki a prouvé qu'il pouvait faire plus que simplement créer des jeux de combat. Il a sorti l'un des jeux d'action 3D les plus difficiles et les plus raffinés jamais créés, faisant passer la franchise de la 2D à la 3D. Chaque coup comptait. Chaque erreur était punie. C’était extrêmement difficile, donc chaque victoire ressemblait à un pur triomphe. C'était l'incarnation de la philosophie d'Itagaki : les jeux doivent vous mettre au défi, pas vous dorloter. Il a répété ce succès avec Ninja Gaiden II, qui vous a bombardé d'encore plus d'ennemis et de moyens de les détruire. Et bien sûr, les ennemis s'y étaient préparés et ont essayé de vous emmener avec eux dans le royaume des morts avec leur dernier souffle. Le redémarrage a remis Ryu Hayabusa sur la carte et a montré que l'action n'est pas seulement une question de spectacle, mais aussi de contrôle, de rythme et de maîtrise. Ninja Gaiden : DragonSword sur Nintendo DS a permis aux fans de suivre et de jouer aux aventures de Ryu Hayabusa et Momiji sur ordinateur de poche.
Capture d'écran de la cinématique Ninja Gaiden Black

Capture d'écran de la cinématique Ninja Gaiden Black

Team Ninja : entre génie et chaos

En tant que chef de la Team Ninja, Itagaki est devenu une figure culte. Ses interviews étaient légendaires : franches, parfois directes, mais toujours honnêtes. Il avait une opinion bien arrêtée sur son travail et celui des autres et il n'hésitait pas à la partager. Cette attitude l'a rendu apprécié des fans, mais a également provoqué des conflits au sein de Tecmo. Après un litige juridique, il a démissionné en 2008, mettant ainsi fin à l'une des périodes les plus influentes de l'histoire du jeu vidéo japonais. La Team Ninja ne sera plus jamais la même après le départ de son intrépide leader.

Valhalla et Devil's Third : essais et erreurs

Après son départ, il fonde Valhalla Game Studios. Son nouveau projet, Devil's Third (2015), était ambitieux : un mélange d'action à la troisième personne et de jeu de tir à la première personne. Sur le papier, cela sonnait comme de l'or, mais en pratique, il s'est avéré difficile de concrétiser la vision d'Itagaki. Le jeu a souffert de problèmes techniques et d’une sortie difficile (sur Wii U entre autres). Pourtant, Devil's Third est resté fidèle à son créateur : audacieux, sans compromis et idiosyncrasique.

L'héritage d'une rock star

Avec le décès de Tomonobu Itagaki, le monde a perdu un développeur de jeux visionnaire, mais son influence perdure. Sans lui, nous n'aurions pas de série Dead or Alive telle que nous la connaissons, ni de jeu d'action moderne Ninja Gaiden (Black) et II qui vous mettent vraiment au défi. Malheureusement, les Ninja Gaiden (Black) et II originaux ne peuvent être joués que sur Xbox. Le Ninja Gaiden II Black mis à jour tente de restaurer ce qui a été perdu dans l'édition Sigma. Est-ce que ça a marché ? Les avis des joueurs diffèrent à ce sujet. Ce que l’on peut dire, c’est que c’est un effort courageux. Dark Souls de FromSoftware vous punit tout aussi impitoyablement pour vos erreurs et vous récompense pour la maîtrise du gameplay. Les développeurs de jeux comme ceux-ci portent une partie de son ADN : ce sens du rythme, du style et de la précision impitoyable. Tomonobu Itagaki n'était pas parfait, mais il était authentique, et c'est quelque chose qu'on voit rarement de nos jours. À une époque où les jeux deviennent de plus en plus sûrs, il reste le souvenir d’une époque où la passion, la bravade et la vision régnaient en maître.

J'aime soutenir les gens qui tentent de remettre en question le statu quo et de faire de nouvelles choses.

– Tomonobu Itagaki lors d'un entretien avec Gamasutra

C'était son credo. Et que vous aimiez ou détestiez son travail, une chose est sûre : Tomonobu Itaga créait des jeux qui avaient leur propre visage. Un développeur comme lui ne vient plus très souvent. Une vraie rock star, non pas avec une guitare, mais avec une manette.